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Honoré de Balzac
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Honoré de BALZAC    (1799 - 1850)
 

La Vendetta

Partie II <<<.

Honoré de Balzac
- La Vendetta -
(1830)
- Partie III -

>>>  Partie IV

 

Après avoir pendant long-temps fait crier sous ses pas les feuilles du parquet, le vieillard sonna. Un domestique parut.

— Allez au-devant de mademoiselle Ginevra, dit-il.

— J’ai toujours regretté de ne plus avoir de voiture pour elle, observa la baronne.

— Elle n’en a pas voulu, répondit Piombo en regardant sa femme qui, accoutumée depuis quarante ans à son rôle d’obéissance, baissa les yeux.

Déjà septuagénaire, grande, sèche, pâle et ridée, la baronne ressemblait parfaitement à ces vieilles femmes que Schnetz met dans les scènes italiennes de ses tableaux de genre ; elle restait si habituellement silencieuse, qu’on l’eût prise pour une nouvelle madame Shandy ; mais un mot, un regard, un geste annonçaient que ses sentiments avaient gardé la vigueur et la fraîcheur de la jeunesse. Sa toilette, dépouillée de coquetterie, manquait souvent de goût. Elle demeurait ordinairement passive, plongée dans une bergère, comme une sultane Validé, attendant ou admirant sa Ginevra, son orgueil et sa vie. La beauté, la toilette, la grâce de sa fille, semblaient être devenues siennes. Tout pour elle était bien quand Ginevra se trouvait heureuse. Ses cheveux avaient blanchi, et quelques mèches se voyaient au-dessus de son front blanc et ridé, ou le long de ses joues creuses.

— Voilà quinze jours environ, dit-elle, que Ginevra rentre un peu plus tard.

— Jean n’ira pas assez vite, s’écria l’impatient vieillard qui croisa les basques de son habit bleu, saisit son chapeau, l’enfonça sur sa tête, prit sa canne et partit.

— Tu n’iras pas loin, lui cria sa femme.

En effet, la porte cochère s’était ouverte et fermée, et la vieille mère entendait le pas de Ginevra dans la cour. Bartholoméo reparut tout à coup portant en triomphe sa fille, qui se débattait dans ses bras.

— La voici, la Ginevra, la Ginevrettina, la Ginevrina, la Ginevrola, la Ginevretta, la Ginevra bella !

— Mon père, vous me faites mal.

Aussitôt Ginevra fut posée à terre avec une sorte de respect. Elle agita la tête par un gracieux mouvement pour rassurer sa mère qui déjà s’effrayait, et pour lui dire que c’était une ruse. Le visage terne et pâle de la baronne reprit alors ses couleurs et une espèce de gaieté. Piombo se frotta les mains avec une force extrême, symptôme le plus certain de sa joie ; il avait pris cette habitude à la cour en voyant Napoléon se mettre en colère contre ceux de ses généraux ou de ses ministres qui le servaient mal ou qui avaient commis quelque faute. Les muscles de sa figure une fois détendus, la moindre ride de son front exprimait la bienveillance. Ces deux vieillards offraient en ce moment une image exacte de ces plantes souffrantes auxquelles un peu d’eau rend la vie après une longue sécheresse.

— À table, à table ! s’écria le baron en présentant sa large main à Ginevra qu’il nomma Signora Piombellina, autre symptôme de gaieté auquel sa fille répondit par un sourire.

— Ah çà, dit Piombo en sortant de table, sais-tu que ta mère m’a fait observer que depuis un mois tu restes beaucoup plus long-temps que de coutume à ton atelier ? Il paraît que la peinture passe avant nous.

— Ô mon père !

— Ginevra nous prépare sans doute quelque surprise, dit la mère.

— Tu m’apporterais un tableau de toi ?… s’écria le Corse en frappant dans ses mains.

— Oui, je suis très-occupée à l’atelier, répondit-elle.

— Qu’as-tu donc, Ginevra ? Tu pâlis ! lui dit sa mère.

— Non ! s’écria la jeune fille en laissant échapper un geste de résolution, non, il ne sera pas dit que Ginevra Piombo aura menti une fois dans sa vie.

En entendant cette singulière exclamation, Piombo et sa femme regardèrent leur fille d’un air étonné.

— J’aime un jeune homme, ajouta-t-elle d’une voix émue.

Puis, sans oser regarder ses parents, elle abaissa ses larges paupières, comme pour voiler le feu de ses yeux.

— Est-ce un prince ? lui demanda ironiquement son père en prenant un son de voix qui fit trembler la mère et la fille.

— Non, mon père, répondit-elle avec modestie, c’est un jeune homme sans fortune…

— Il est donc bien beau ?

— Il est malheureux.
 

— Que fait-il ?

— Compagnon de Labédoyère ; il était proscrit, sans asile, Servin l’a caché, et…

— Servin est un honnête garçon qui s’est bien comporté, s’écria Piombo ; mais vous faites mal, vous, ma fille, d’aimer un autre homme que votre père…

— Il ne dépend pas de moi de ne pas aimer, répondit doucement Ginevra.

— Je me flattais, reprit son père, que ma Ginevra me serait fidèle jusqu’à ma mort, que mes soins et ceux de sa mère seraient les seuls qu’elle aurait reçus, que notre tendresse n’aurait pas rencontré dans son âme de tendresse rivale, et que…

— Vous ai-je reproché votre fanatisme pour Napoléon ? dit Ginevra. N’avez-vous aimé que moi ? n’avez-vous pas été des mois entiers en ambassade ? n’ai-je pas supporté courageusement vos absences ? La vie a des nécessités qu’il faut savoir subir.

— Ginevra !

— Non, vous ne m’aimez pas pour moi, et vos reproches trahissent un insupportable égoïsme.

— Tu accuses l’amour de ton père, s’écria Piombo les yeux flamboyants.

— Mon père, je ne vous accuserai jamais, répondit Ginevra avec plus de douceur que sa mère tremblante n’en attendait. Vous avez raison dans votre égoïsme, comme j’ai raison dans mon amour. Le ciel m’est témoin que jamais fille n’a mieux rempli ses devoirs auprès de ses parents. Je n’ai jamais eu que bonheur et amour là où d’autres voient souvent des obligations. Voici quinze ans que je ne me suis pas écartée de dessous votre aile protectrice, et ce fut un bien doux plaisir pour moi que de charmer vos jours. Mais serais-je donc ingrate en me livrant au charme d’aimer, en désirant un époux qui me protège après vous ?

— Ah ! tu comptes avec ton père, Ginevra, reprit le vieillard d’un ton sinistre.

Il se fit une pause effrayante pendant laquelle personne n’osa parler. Enfin, Bartholoméo rompit le silence en s’écriant d’une voix déchirante : — Oh ! reste avec nous, reste auprès de ton vieux père ! Je ne saurais te voir aimant un homme. Ginevra, tu n’attendras pas longtemps ta liberté…

— Mais, mon père, songez donc que nous ne vous quitterons pas, que nous serons deux à vous aimer, que vous connaîtrez l’homme aux soins duquel vous me laisserez ! Vous serez doublement chéri par moi et par lui : par lui qui est encore moi, et par moi qui suis tout lui-même.

— Ô Ginevra ! Ginevra ! s’écria le Corse en serrant les poings, pourquoi ne t’es-tu pas mariée quand Napoléon m’avait accoutumé à cette idée, et qu’il te présentait des ducs et des comtes ?

— Ils m’aimaient par ordre, dit la jeune fille. D’ailleurs, je ne voulais pas vous quitter, et ils m’auraient emmenée avec eux.

— Tu ne veux pas nous laisser seuls, dit Piombo ; mais te marier, c’est nous isoler ! Je te connais, ma fille, tu ne nous aimeras plus.

— Élisa, ajouta-t-il en regardant sa femme qui restait immobile et comme stupide, nous n’avons plus de fille, elle veut se marier.

Le vieillard s’assit après avoir levé les mains en l’air comme pour invoquer Dieu ; puis il resta courbé comme accablé sous sa peine. Ginevra vit l’agitation de son père, et la modération de sa colère lui brisa le cœur ; elle s’attendait à une crise, à des fureurs, elle n’avait pas armé son âme contre la douceur paternelle.

— Mon père, dit-elle d’une voix touchante, non, vous ne serez jamais abandonné par votre Ginevra. Mais aimez-la aussi un peu pour elle. Si vous saviez comme il m’aime ! Ah ! ce ne serait pas lui qui me ferait de la peine !

— Déjà des comparaisons, s’écria Piombo avec un accent terrible. Non, je ne puis supporter cette idée, reprit-il. S’il t’aimait comme tu mérites de l’être, il me tuerait ; et s’il ne t’aimait pas, je le poignarderais.

Les mains de Piombo tremblaient, ses lèvres tremblaient, son corps tremblait et ses yeux lançaient des éclairs ; Ginevra seule pouvait soutenir son regard, car alors elle allumait ses yeux, et la fille était digne du père.

— Oh ! t’aimer ! Quel est l’homme digne de cette vie ? reprit-il. T’aimer comme un père, n’est-ce pas déjà vivre dans le paradis ; qui donc sera jamais digne d’être ton époux ?

— Lui, dit Ginevra, lui de qui je me sens indigne.

— Lui ? répéta machinalement Piombo. Qui, lui ?

— Celui que j’aime.

— Est-ce qu’il peut te connaître encore assez pour t’adorer ?

— Mais, mon père, reprit Ginevra éprouvant un mouvement d’impatience, quand il ne m’aimerait pas, du moment où je l’aime…

— Tu l’aimes donc ? s’écria Piombo. Ginevra inclina doucement la tête. — Tu l’aimes alors plus que nous ?

— Ces deux sentiments ne peuvent se comparer, répondit-elle.

— L’un est plus fort que l’autre, reprit Piombo.

— Je crois que oui, dit Ginevra.

— Tu ne l’épouseras pas, cria le Corse dont la voix fit résonner les vitres du salon.

— Je l’épouserai, répliqua tranquillement Ginevra.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! s’écria la mère, comment finira cette querelle ? Santa Virgina ! mettez-vous entre eux.

Le baron, qui se promenait à grands pas, vint s’asseoir ; une sévérité glacée rembrunissait son visage, il regarda fixement sa fille, et lui dit d’une voix douce et affaiblie : — Eh bien ! Ginevra ! non, tu ne l’épouseras pas. Oh ! ne me dis pas oui ce soir ?… laisse-moi croire le contraire. Veux-tu voir ton père à genoux et ses cheveux blancs prosternés devant toi ? je vais te supplier…

— Ginevra Piombo n’a pas été habituée à promettre et à ne pas tenir, répondit-elle. Je suis votre fille.

— Elle a raison, dit la baronne, nous sommes mises au monde pour nous marier.

— Ainsi, vous l’encouragez dans sa désobéissance, dit le baron à sa femme qui, frappée de ce mot, se changea en statue.

— Ce n’est pas désobéir que de se refuser à un ordre injuste, répondit Ginevra.

— Il ne peut pas être injuste quand il émane de la bouche de votre père, ma fille ! Pourquoi me jugez-vous ? La répugnance que j’éprouve n’est-elle pas un conseil d’en haut ? Je vous préserve peut-être d’un malheur.

— Le malheur serait qu’il ne m’aimât pas.

— Toujours lui !

— Oui, toujours, reprit-elle. Il est ma vie, mon bien, ma pensée. Même en vous obéissant, il serait toujours dans mon cœur. Me défendre de l’épouser, n’est-ce pas vous haïr ?

— Tu ne nous aimes plus, s’écria Piombo.

— Oh ! dit Ginevra en agitant la tête.

— Eh bien ! oublie-le, reste-nous fidèle. Après nous… tu comprends.
 

— Mon père, voulez-vous me faire désirer votre mort ? s’écria Ginevra.

— Je vivrai plus long-temps que toi ! Les enfants qui n’honorent pas leurs parents meurent promptement, s’écria son père parvenu au dernier degré de l’exaspération.

— Raison de plus pour me marier promptement et être heureuse ! dit-elle.

Ce sang-froid, cette puissance de raisonnement achevèrent de troubler Piombo, le sang lui porta violemment à la tête, son visage devint pourpre. Ginevra frissonna, elle s’élança comme un oiseau sur les genoux de son père, lui passa ses bras autour du cou, lui caressa les cheveux, et s’écria tout attendrie : — Oh ! oui, que je meure la première ! Je ne te survivrais pas, mon père, mon bon père !

— Ô ma Ginevra, ma folle, ma Ginevrina, répondit Piombo dont toute la colère se fondit à cette caresse comme une glace sous les rayons du soleil.

— Il était temps que vous finissiez, dit la baronne d’une voix émue.

— Pauvre mère !

— Ah ! Ginevretta ! ma Ginevra bella !

Et le père jouait avec sa fille comme avec un enfant de six ans, il s’amusait à défaire les tresses ondoyantes de ses cheveux, à la faire sauter ; il y avait de la folie dans l’expression de sa tendresse. Bientôt sa fille le gronda en l’embrassant, et tenta d’obtenir en plaisantant l’entrée de son Louis au logis. Mais, tout en plaisantant aussi, le père refusait. Elle bouda, revint, bouda encore ; puis, à la fin de la soirée, elle se trouva contente d’avoir gravé dans le cœur de son père et son amour pour Louis et l’idée d’un mariage prochain. Le lendemain elle ne parla plus de son amour, elle alla plus tard à l’atelier, elle en revint de bonne heure ; elle devint plus caressante pour son père qu’elle ne l’avait jamais été, et se montra pleine de reconnaissance, comme pour le remercier du consentement qu’il semblait donner à son mariage par son silence. Le soir elle faisait long-temps de la musique, et souvent elle s’écriait : — Il faudrait une voix d’homme pour ce nocturne ! Elle était Italienne, c’est tout dire. Au bout de huit jours sa mère lui fit un signe, elle vint ; puis à l’oreille et à voix basse : — J’ai amené ton père à le recevoir, lui dit-elle.
 

— Ô ma mère ! vous me faites bien heureuse !

Ce jour-là Ginevra eut donc le bonheur de revenir à l’hôtel de son père en donnant le bras à Louis. Pour la seconde fois, le pauvre officier sortait de sa cachette. Les actives sollicitations que Ginevra faisait auprès du duc de Feltre, alors ministre de la guerre, avaient été couronnées d’un plein succès. Louis venait d’être réintégré sur le contrôle des officiers en disponibilité. C’était un bien grand pas vers un meilleur avenir. Instruit par son amie de toutes les difficultés qui l’attendaient auprès du baron, le jeune chef de bataillon n’osait avouer la crainte qu’il avait de ne pas lui plaire. Cet homme si courageux contre l’adversité, si brave sur un champ de bataille, tremblait en pensant à son entrée dans le salon des Piombo. Ginevra le sentit tressaillant, et cette émotion, dont le principe était leur bonheur, fut pour elle une nouvelle preuve d’amour.

— Comme vous êtes pâle ! lui dit-elle quand ils arrivèrent à la porte de l’hôtel.

— Ô Ginevra ! s’il ne s’agissait que de ma vie.

Quoique Bartholoméo fut prévenu par sa femme de la présentation officielle de celui que Ginevra aimait, il n’alla pas à sa rencontre, resta dans le fauteuil où il avait l’habitude d’être assis, et la sévérité de son front fut glaciale.

— Mon père, dit Ginevra, je vous amène une personne que vous aurez sans doute plaisir à voir : monsieur Louis, un soldat qui combattait à quatre pas de l’empereur à Mont-Saint-Jean…

Le baron de Piombo se leva, jeta un regard furtif sur Louis, et lui dit d’une voix sardonique : — Monsieur n’est pas décoré ?

— Je ne porte plus la Légion-d’Honneur, répondit timidement Louis qui restait humblement debout.

Ginevra, blessée de l’impolitesse de son père, avança une chaise. La réponse de l’officier satisfit le vieux serviteur de Napoléon. Madame Piombo, s’apercevant que les sourcils de son mari reprenaient leur position naturelle, dit pour ranimer la conversation : — La ressemblance de monsieur avec Nina Porta est étonnante. Ne trouvez-vous pas que monsieur a toute la physionomie des Porta ?

— Rien de plus naturel, répondit le jeune homme sur qui les yeux flamboyants de Piombo s’arrêtèrent, Nina était ma sœur…

— Tu es Luigi Porta ? demanda le vieillard.

— Oui.
 

Bartholoméo di Piombo se leva, chancela, fut obligé de s’appuyer sur une chaise et regarda sa femme. Élisa Piombo vint à lui ; puis les deux vieillards silencieux se donnèrent le bras et sortirent du salon en abandonnant leur fille avec une sorte d’horreur. Luigi Porta stupéfait regarda Ginevra, qui devint aussi blanche qu’une statue de marbre et resta les yeux fixes sur la porte vers laquelle son père et sa mère avaient disparu : ce silence et cette retraite eurent quelque chose de si solennel que, pour la première fois peut-être, le sentiment de la crainte entra dans son cœur. Elle joignit ses mains l’une contre l’autre avec force, et dit d’une voix si émue qu’elle ne pouvait guère être entendue que par un amant : — Combien de malheur dans un mot !

— Au nom de notre amour, qu’ai-je donc dit, demanda Luigi Porta.

— Mon père, répondit-elle, ne m’a jamais parlé de notre déplorable histoire, et j’étais trop jeune quand j’ai quitté la Corse pour la savoir.

— Nous serions en vendetta, demanda Luigi en tremblant.

— Oui. En questionnant ma mère, j’ai appris que les Porta avaient tué mes frères et brûlé notre maison. Mon père a massacré toute votre famille. Comment avez-vous survécu, vous qu’il croyait avoir attaché aux colonnes d’un lit avant de mettre le feu à la maison ?

— Je ne sais, répondit Luigi. À six ans j’ai été amené à Gênes, chez un vieillard nommé Colonna. Aucun détail sur ma famille ne m’a été donné. Je savais seulement que j’étais orphelin et sans fortune. Ce Colonna me servait de père, et j’ai porté son nom jusqu’au jour où je suis entré au service. Comme il m’a fallu des actes pour prouver qui j’étais, le vieux Colonna m’a dit alors que moi, faible et presque enfant encore, j’avais des ennemis. Il m’a engagé à ne prendre que le nom de Luigi pour leur échapper.

— Partez, partez, Luigi, s’écria Ginevra ; mais non, je dois vous accompagner. Tant que vous êtes dans la maison de mon père, vous n’avez rien à craindre ; aussitôt que vous en sortirez, prenez bien garde à vous ! vous marcherez de danger en danger. Mon père a deux Corses à son service, et si ce n’est pas lui qui menacera vos jours, c’est eux.

— Ginevra, dit-il, cette haine existera-t-elle donc entre nous ?

La jeune fille sourit tristement et baissa la tête. Elle la releva bientôt avec une sorte de fierté, et dit : — Ô Luigi, il faut que nos sentiments soient bien purs et bien sincères pour que j’aie la force de marcher dans la voie où je vais entrer. Mais il s’agit d’un bonheur qui doit durer toute la vie, n’est-ce pas ?

Luigi ne répondit que par un sourire, et pressa la main de Ginevra. La jeune fille comprit qu’un véritable amour pouvait seul dédaigner en ce moment les protestations vulgaires. L’expression calme et consciencieuse des sentiments de Luigi annonçait en quelque sorte leur force et leur durée. La destinée de ces deux époux fut alors accomplie. Ginevra entrevit de bien cruels combats à soutenir ; mais l’idée d’abandonner Louis, idée qui peut-être avait flotté dans son âme, s’évanouit complétement. À lui pour toujours, elle l’entraîna tout à coup avec une sorte d’énergie hors de l’hôtel, et ne le quitta qu’au moment où il atteignit la maison dans laquelle Servin lui avait loué un modeste logement. Quand elle revint chez son père, elle avait pris cette espèce de sérénité que donne une résolution forte : aucune altération dans ses manières ne peignit d’inquiétude. Elle leva sur son père et sa mère, qu’elle trouva prêts à se mettre à table, des yeux dénués de hardiesse et pleins de douceur ; elle vit que sa vieille mère avait pleuré, la rougeur de ces paupières flétries ébranla un moment son cœur ; mais elle cacha son émotion. Piombo semblait être en proie à une douleur trop violente, trop concentrée pour qu’il pût la trahir par des expressions ordinaires. Les gens servirent le dîner auquel personne ne toucha. L’horreur de la nourriture est un des symptômes qui trahissent les grandes crises de l’âme. Tous trois se levèrent sans qu’aucun d’eux se fût adressé la parole. Quand Ginevra fut placée entre son père et sa mère dans leur grand salon sombre et solennel, Piombo voulut parler, mais il ne trouva pas de voix ; il essaya de marcher, et ne trouva pas de force, il revint s’asseoir et sonna.

— Jean, dit-il enfin au domestique, allumez du feu, j’ai froid.

Ginevra tressaillit et regarda son père avec anxiété. Le combat qu’il se livrait devait être horrible, sa figure était bouleversée. Ginevra connaissait l’étendue du péril qui la menaçait, mais elle ne tremblait pas ; tandis que les regards furtifs que Bartholoméo jetait sur sa fille semblaient annoncer qu’il craignait en ce moment le caractère dont la violence était son propre ouvrage. Entre eux, tout devait être extrême. Aussi la certitude du changement qui pouvait s’opérer dans les sentiments du père et de la fille animait-elle le visage de la baronne d’une expression de terreur.

— Ginevra, vous aimez l’ennemi de votre famille, dit enfin Piombo sans oser regarder sa fille.

— Cela est vrai, répondit-elle.

— Il faut choisir entre lui et nous. Notre vendetta fait partie de nous-mêmes. Qui n’épouse pas ma vengeance, n’est pas de ma famille.

— Mon choix est fait, répondit Ginevra d’une voix calme.

La tranquillité de sa fille trompa Bartholoméo.

— Ô ma chère fille ! s’écria le vieillard qui montra ses paupières humectées par des larmes, les premières et les seules qu’il répandit dans sa vie.

— Je serai sa femme, dit brusquement Ginevra.

Bartholoméo eut comme un éblouissement ; mais il recouvra son sang-froid et répliqua : — Ce mariage ne se fera pas de mon vivant, je n’y consentirai jamais. Ginevra garda le silence. — Mais, dit le baron en continuant, songes-tu que Luigi est le fils de celui qui a tué tes frères ?

— Il avait six ans au moment où le crime a été commis, il doit en être innocent, répondit-elle.

— Un Porta ? s’écria Bartholoméo.

— Mais ai-je jamais pu partager cette haine ? dit vivement la jeune fille. M’avez-vous élevée dans cette croyance qu’un Porta était un monstre ? Pouvais-je penser qu’il restât un seul de ceux que vous aviez tués ? N’est-il pas naturel que vous fassiez céder votre vendetta à mes sentiments ?

— Un Porta ? dit Piombo. Si son père t’avait jadis trouvée dans ton lit, tu ne vivrais pas, il t’aurait donné cent fois la mort.

— Cela se peut, répondit-elle, mais son fils m’a donné plus que la vie. Voir Luigi, c’est un bonheur sans lequel je ne saurais vivre. Luigi m’a révélé le monde des sentiments. J’ai peut-être aperçu des figures plus belles encore que la sienne, mais aucune ne m’a autant charmée ; j’ai peut-être entendu des voix… non, non, jamais de plus mélodieuses. Luigi m’aime, il sera mon mari.

— Jamais, dit Piombo. J’aimerais mieux te voir dans ton cercueil, Ginevra. Le vieux Corse se leva, se mit à parcourir à grands pas le salon et laissa échapper ces paroles après des pauses qui peignaient toute son agitation : — Vous croyez peut-être faire plier ma volonté ? détrompez-vous : je ne veux pas qu’un Porta soit mon gendre. Telle est ma sentence. Qu’il ne soit plus question de ceci entre nous. Je suis Bartholoméo di Piombo, entendez-vous, Ginevra ?

— Attachez-vous quelque sens mystérieux à ces paroles ? demanda-t-elle froidement.

— Elles signifient que j’ai un poignard, et que je ne crains pas la justice des hommes. Nous autres Corses, nous allons nous expliquer avec Dieu.

— Eh bien ! dit la fille en se levant, je suis Ginevra di Piombo, et je déclare que dans six mois je serai la femme de Luigi Porta. — Vous êtes un tyran, mon père, ajouta-t-elle après une pause effrayante.

Bartholoméo serra ses poings et frappa sur le marbre de la cheminée : Ah ! nous sommes à Paris, dit-il en murmurant.

Il se tut, se croisa les bras, pencha la tête sur sa poitrine et ne prononça plus une seule parole pendant toute la soirée. Après avoir exprimé sa volonté, la jeune fille affecta un sang-froid incroyable, elle se mit au piano, chanta, joua des morceaux ravissants avec une grâce et un sentiment qui annonçaient une parfaite liberté d’esprit, triomphant ainsi de son père dont le front ne paraissait pas s’adoucir. Le vieillard ressentit cruellement cette tacite injure, et recueillit en ce moment un des fruits amers de l’éducation qu’il avait donnée à sa fille. Le respect est une barrière qui protége autant un père et une mère que les enfants, en évitant à ceux-là des chagrins, à ceux-ci des remords. Le lendemain Ginevra, qui voulut sortir à l’heure où elle avait coutume de se rendre à l’atelier, trouva la porte de l’hôtel fermée pour elle ; mais elle eut bientôt inventé un moyen d’instruire Luigi Porta des sévérités paternelles. Une femme de chambre qui ne savait pas lire fit parvenir au jeune officier la lettre que lui écrivit Ginevra. Pendant cinq jours les deux amants surent correspondre, grâce à ces ruses qu’on sait toujours machiner à vingt ans. Le père et la fille se parlèrent rarement. Tous deux gardant au fond du cœur un principe de haine, ils souffraient, mais orgueilleusement et en silence. En reconnaissant combien étaient forts les liens d’amour qui les attachaient l’un à l’autre, ils essayaient de les briser, sans pouvoir y parvenir. Nulle pensée douce ne venait plus comme autrefois égayer les traits sévères de Bartholoméo quand il contemplait sa Ginevra. La jeune fille avait quelque chose de farouche en regardant son père, et le reproche siégeait sur son front d’innocence ; elle se livrait bien à d’heureuses pensées, mais parfois des remords semblaient ternir ses yeux. Il n’était même pas difficile de deviner qu’elle ne pourrait jamais jouir tranquillement d’une félicité qui faisait le malheur de ses parents. Chez Bartholoméo comme chez sa fille, toutes les irrésolutions causées par la bonté native de leurs âmes devaient néanmoins échouer devant leur fierté, devant la rancune particulière aux Corses. Ils s’encourageaient l’un et l’autre dans leur colère et fermaient les yeux sur l’avenir. Peut-être aussi se flattaient-ils mutuellement que l’un cèderait à l’autre.

Le jour de la naissance de Ginevra, sa mère, désespérée de cette désunion qui prenait un caractère grave, médita de réconcilier le père et la fille, grâce aux souvenirs de cet anniversaire. Ils étaient réunis tous trois dans la chambre de Bartholoméo. Ginevra devina l’intention de sa mère à l’hésitation peinte sur son visage et sourit tristement. En ce moment un domestique annonça deux notaires accompagnés de plusieurs témoins qui entrèrent. Bartholoméo regarda fixement ces hommes, dont les figures froidement compassées avaient quelque chose de blessant pour des âmes aussi passionnées que l’étaient celles des trois principaux acteurs de cette scène. Le vieillard se tourna vers sa fille d’un air inquiet, il vit sur son visage un sourire de triomphe qui lui fit soupçonner quelque catastrophe ; mais il affecta de garder, à la manière des sauvages, une immobilité mensongère en regardant les deux notaires avec une sorte de curiosité calme. Les étrangers s’assirent après y avoir été invités par un geste du vieillard.

— Monsieur est sans doute monsieur le baron de Piombo, demanda le plus âgé des notaires.

Bartholoméo s’inclina. Le notaire fit un léger mouvement de tête, regarda la jeune fille avec la sournoise expression d’un garde du commerce qui surprend un débiteur ; et il tira sa tabatière, l’ouvrit, y prit une pincée de tabac, se mit à la humer à petits coups en cherchant les premières phrases de son discours ; puis en les prononçant, il fit des repos continuels (manœuvre oratoire que ce signe ― représentera très-imparfaitement)

— Monsieur, dit-il, je suis monsieur Roguin, notaire de mademoiselle votre fille, et nous venons, ― mon collègue et moi, ― pour accomplir le vœu de la loi et ― mettre un terme aux divisions qui ― paraîtraient ― s’être introduites ― entre vous et mademoiselle votre fille, ― au sujet ― de ― son ― mariage avec monsieur Luigi Porta.

Cette phrase, assez pédantesquement débitée, parut probablement trop belle à maître Roguin pour qu’on pût la comprendre d’un seul coup, il s’arrêta en regardant Bartholoméo avec une expression particulière aux gens d’affaires et qui tient le milieu entre la servilité et la familiarité. Habitués à feindre beaucoup d’intérêt pour les personnes auxquelles ils parlent, les notaires finissent par faire contracter à leur figure une grimace qu’ils revêtent et quittent comme leur pallium officiel. Ce masque de bienveillance, dont le mécanisme est si facile à saisir, irrita tellement Bartholoméo qu’il lui fallut rappeler toute sa raison pour ne pas jeter monsieur Roguin par les fenêtres ; une expression de colère se glissa dans ses rides, et en la voyant le notaire se dit en lui-même : — Je produis de l’effet.

— Mais, reprit-il d’une voix mielleuse, monsieur le baron, dans ces sortes d’occasions, notre ministère commence toujours par être essentiellement conciliateur. ― Daignez donc avoir la bonté de m’entendre. ― Il est évident que mademoiselle Ginevra Piombo ― atteint aujourd’hui même ― l’âge auquel il suffit de faire des actes respectueux pour qu’il soit passé outre à la célébration d’un mariage ― malgré le défaut de consentement des parents. Or, ― il est d’usage dans les familles ― qui jouissent d’une certaine considération, ― qui appartiennent à la société, ― qui conservent quelque dignité, ― auxquelles il importe enfin de ne pas donner au public le secret de leurs divisions, ― et qui d’ailleurs ne veulent pas se nuire à elles-mêmes en frappant de réprobation l’avenir de deux jeunes époux (car ― c’est se nuire à soi-même !) ― il est d’usage, ― dis-je, ― parmi ces familles honorables ― de ne pas laisser subsister des actes semblables, ― qui restent, qui ― sont des monuments d’une division qui ― finit ― par cesser. ― Du moment, monsieur, où une jeune personne a recours aux actes respectueux, elle annonce une intention trop décidée pour qu’un père et ― une mère, ajouta-t-il en se tournant vers la baronne, puissent espérer de lui voir suivre leurs avis. ― La résistance paternelle étant alors nulle ― par ce fait ― d’abord, ― puis étant infirmée par la loi, il est constant que tout homme sage, après avoir fait une dernière remontrance à son enfant, lui donne la liberté de…
 

Monsieur Roguin s’arrêta en s’apercevant qu’il pouvait parler deux heures ainsi, sans obtenir de réponse, et il éprouva d’ailleurs une émotion particulière à l’aspect de l’homme qu’il essayait de convertir. Il s’était fait une révolution extraordinaire sur le visage de Bartholoméo : toutes ses rides contractées lui donnaient un air de cruauté indéfinissable, et il jetait sur le notaire un regard de tigre. La baronne demeurait muette et passive. Ginevra, calme et résolue, attendait, elle savait que la voix du notaire était plus puissante que la sienne, et alors elle semblait s’être décidée à garder le silence. Au moment où Roguin se tut, cette scène devint si effrayante que les témoins étrangers tremblèrent : jamais peut-être ils n’avaient été frappés par un semblable silence. Les notaires se regardèrent comme pour se consulter, se levèrent et allèrent ensemble à la croisée.

— As-tu jamais rencontré des clients fabriqués comme ceux-là ? demanda Roguin à son confrère.

— Il n’y a rien à en tirer, répondit le plus jeune. À ta place, moi, je m’en tiendrais à la lecture de mon acte. Le vieux ne me paraît pas amusant, il est colère, et tu ne gagneras rien à vouloir discuter avec lui…

Monsieur Roguin lut un papier timbré contenant un procès-verbal rédigé à l’avance et demanda froidement à Bartholoméo quelle était sa réponse.

— Il y a donc en France des lois qui détruisent le pouvoir paternel ? demanda le Corse.

— Monsieur… dit Roguin de sa voix mielleuse.

— Qui arrachent une fille à son père ?

— Monsieur…

— Qui privent un vieillard de sa dernière consolation ?

— Monsieur, votre fille ne vous appartient que…

— Qui le tuent ?

— Monsieur, permettez !

Rien n’est plus affreux que le sang-froid et les raisonnements exacts d’un notaire au milieu des scènes passionnées où ils ont coutume d’intervenir. Les figures que Piombo voyait lui semblèrent échappées de l’enfer, sa rage froide et concentrée ne connut plus de bornes au moment où la voix calme et presque flûtée de son petit antagoniste prononça ce fatal : « permettez ? » Il sauta sur un long poignard suspendu par un clou au-dessus de sa cheminée et s’élança sur sa fille. Le plus jeune des deux notaires et l’un des témoins se jetèrent entre lui et Ginevra : mais Bartholoméo renversa brutalement les deux conciliateurs en leur montrant une figure en feu et des yeux flamboyants qui paraissaient plus terribles que ne l’était la clarté du poignard. Quand Ginevra se vit en présence de son père, elle le regarda fixement d’un air de triomphe, s’avança lentement vers lui et s’agenouilla.

— Non ! non ! je ne saurais, dit-il en lançant si violemment son arme qu’elle alla s’enfoncer dans la boiserie.

— Eh ! bien, grâce ! grâce, dit-elle. Vous hésitez à me donner la mort, et vous me refusez la vie. Ô mon père, jamais je ne vous ai tant aimé, accordez-moi Luigi ! Je vous demande votre consentement à genoux : une fille peut s’humilier devant son père ; mon Luigi, ou je meurs.

L’irritation violente qui la suffoquait l’empêcha de continuer, elle ne trouvait plus de voix ; ses efforts convulsifs disaient assez qu’elle était entre la vie et la mort. Bartholoméo repoussa durement sa fille.

— Fuis, dit-il. La Luigi Porta ne saurait être une Piombo. Je n’ai plus de fille ! Je n’ai pas la force de te maudire ; mais je t’abandonne, et tu n’as plus de père. Ma Ginevra Piombo est enterrée là, s’écria-t-il d’un son de voix profond, en se pressant fortement le cœur. — Sors donc, malheureuse, ajouta-t-il après un moment de silence, sors, et ne reparais plus devant moi. Puis, il prit Ginevra par le bras, et la conduisit silencieusement hors de la maison.

Luigi, s’écria Ginevra en entrant dans le modeste appartement où était l’officier, mon Luigi, nous n’avons d’autre fortune que notre amour.

— Nous sommes plus riches que tous les rois de la terre, répondit-il.

— Mon père et ma mère m’ont abandonnée, dit-elle avec une profonde mélancolie.

— Je t’aimerai pour eux.

— Nous serons donc bien heureux ? s’écria-t-elle avec une gaieté qui eut quelque chose d’effrayant.

— Et toujours, répondit-il en la serrant sur son cœur.

Le lendemain du jour où Ginevra quitta la maison de son père, elle alla prier madame Servin de lui accorder un asile et sa protection jusqu’à l’époque fixée par la loi pour son mariage avec Luigi Porta. Là, commença pour elle l’apprentissage des chagrins que le monde sème autour de ceux qui ne suivent pas ses usages. Très-affligée du tort que l’aventure de Ginevra faisait à son mari, madame Servin reçut froidement la fugitive, et lui apprit par des paroles poliment circonspectes qu’elle ne devait pas compter sur son appui. Trop fière pour insister, mais étonnée d’un égoïsme auquel elle n’était pas habituée, la jeune Corse alla se loger dans l’hôtel garni le plus voisin de la maison où demeurait Luigi. Le fils des Porta vint passer toutes ses journées aux pieds de sa future ; son jeune amour, la pureté de ses paroles dissipaient les nuages que la réprobation paternelle amassait sur le front de la fille bannie, et il lui peignait l’avenir si beau qu’elle finissait par sourire, sans néanmoins oublier la rigueur de ses parents.

Un matin, la servante de l’hôtel remit à Ginevra plusieurs malles qui contenaient des étoffes, du linge, et une foule de choses nécessaires à une jeune femme qui se met en ménage ; elle reconnut dans cet envoi la prévoyante bonté d’une mère, car en visitant ces présents, elle trouva une bourse où la baronne avait mis la somme qui appartenait à sa fille, en y joignant le fruit de ses économies. L’argent était accompagné d’une lettre où la mère conjurait la fille d’abandonner son funeste projet de mariage, s’il en était encore temps ; il lui avait fallu, disait-elle, des précautions inouïes pour faire parvenir ces faibles secours à Ginevra ; elle la suppliait de ne pas l’accuser de dureté, si par la suite elle la laissait dans l’abandon, elle craignait de ne pouvoir plus l’assister, elle la bénissait, lui souhaitait de trouver le bonheur dans ce fatal mariage, si elle persistait, en lui assurant qu’elle ne pensait qu’à sa fille chérie. En cet endroit, des larmes avaient effacé plusieurs mots de la lettre.

 

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