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REVOLUTION ISLAMIQUE D'IRAN

 
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La révolution islamique d'Iran (1979),
a transformé une monarchie constitutionnelle autoritaire et pro-occidentale en une théocratie obscurantiste musulmane chiite, sous la férule du Guide de la Révolution, l'ayatollah Khomeyni.
 

CONTEXTE ET FONDEMENTS :.

En 1953, le premier ministre nationaliste démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, force le Shah Mohammad Reza Pahlavi à l'exil suite à leur opposition sur la gestion des gisements pétroliers exploités par les Britanniques et les Américains, que Mossadegh veut nationaliser. Aidé par la CIA et le MI6 britannique, le chah remonte rapidement sur le trône. L'ancien premier ministre Mossadegh est condamné à mort mais gracié par le Chah et sa peine est commuée en un exil intérieur qui durera jusqu'à sa mort.

Le Chah d'Iran devient un des dirigeants les plus importants du Moyen-Orient, car il gouverne un pays riche en gisements pétroliers et militairement puissant, tout en profitant de la bienveillance des États-Unis. Il abolit le système multipartite qui lui est hostile et instaure un régime autoritaire avec l'aide de la police politique iranienne, la SAVAK, et le soutien des États-Unis.

Une forte opposition politique se forme dans de nombreuses franges de la société pendant le règne du Shah. À cet égard, les figures religieuses ont une importance particulière au sein de l'opposition en Iran. Le Shah réprime fortement la dissidence.

L'Ayatollah Khomeyni, un des leaders de l'opposition religieuse, proclame que le règne du Shah est une tyrannie. Après son arrestation, puis son exil d'Iran en 1964, les émeutes menées par les partisans du clergé augmentent.

A partir de 1963, le Shah entame la « révolution blanche » qui modernise progressivement l'Iran pour en faire un pays occidentalisé. La révolution blanche consiste en une régénération non-violente de la société iranienne à travers des réformes économiques et sociales ayant pour objectif de transformer l'Iran en une puissance économique et industrielle mondiale.

Le Chah introduit des concepts économiques novateurs comme la redistribution des profits aux ouvriers et initie des projets d'industrie lourde financés par le gouvernement, ainsi que la nationalisation des forêts, des pâturages et des ressources en eau. Le plus important, cependant, était la réforme agraire qui fit perdre aux grands propriétaires terriens (dont le clergé qui perd là une grande partie de ses revenus) la plupart de leur influence et de leur pouvoir. Socialement, la Révolution Blanche accorde plus de droits aux femmes, permet le développement du corps médical, et injecte des fonds dans l'éducation, particulièrement dans les zones rurales
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Le clergé s'oppose avec véhémence à ce programme de réformes qui diminue ses revenus, affaiblit son emprise sur couches populaires et dont l'objectif d'occidentalisation expose, selon lui, la société iranienne à la débauche, à la promiscuité et à la perversité.

Faisant face à une opposition grandissante des leaders religieux, le Shah s'efforce de reprendre le contrôle en minimisant le rôle de l'Islam dans l'histoire et le quotidien de l'Iran.

De 1963 et 1967, l'économie iranienne connaît une prospérité qui profite essentiellement aux classes dirigeantes.

La frange la plus pauvre de la population iranienne est aussi la plus religieuse et la plus opposée à l'impérialisme étranger. Les pauvres sont majoritairement ruraux, ou habitent dans des quartiers pauvres des grandes villes, particulièrement à Téhéran. Beaucoup d'entre eux souhaitent un retour au style de vie antérieur.

Les relations étroites du Shah avec l'Occident, la corruption du régime et la nature autoritaire de son gouvernement, font naître une opposition disparate (le clergé chiite, des notables "mossadeghistes", des intellectuels libéraux, l'extrême gauche des Moudjahiddines du Peuple, le Parti Communiste pro-soviétique) que les religieux s'emploient à fédérer
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PREMIERS SOUBRESAUTS :.

En 1977, à la suite de pressions du président des États-Unis Jimmy Carter concernant le respect des droits de l'homme, plus de 300 prisonniers politiques sont libérés et la censure se relâche. Carter fait surtout pression pour la liberté d'association, ce qui entraîne par la suite une multiplication des campagnes pour la liberté d'expression, de la part des intellectuels.

Ce début d'opposition est mené par Mehdi Bazargan et son « Mouvement pour la Liberté de l'Iran ». Ce groupe laïc, libéral, assez proche du Front National de l'Iran de Mohammad Mossadegh, rencontre vite un soutien significatif en Iran et à l'étranger, notamment en Occident.

Ali Shariati est plus révolutionnaire : ce professeur et philosophe populaire cherche à obtenir la démocratie à travers une interprétation moderne de l'Islam. Shariati est alors le plus célèbre opposant au Shah. Après sa mort en 1977, Khomeiny devient la figure de proue de la contestation.

Le clergé se divise, certains s'alliant avec les libéraux laïcs, et d'autres avec les marxistes. Khomeiny, alors en exil, mène une petite faction de l'opposition qui se bat pour la fin du régime et l'établissement d'un état théocratique.

Les groupes d'opposants opèrent depuis l'extérieur de l'Iran, principalement depuis Londres, Paris, l'Irak et la Turquie. Les discours des leaders de ces groupes sont introduits clandestinement en Iran afin d'être diffusés à la population.

Face à la menace d'une révolution, le Shah d'Iran cherche de l'aide auprès des États-Unis. L'Iran occupe alors une place stratégique de premier plan, c'est un îlot de stabilité et un tampon contre la pénétration soviétique dans la région. Le 4 novembre 1978, le conseiller national américain à la sécurité, Zbigniew Brzezinski, appelle le Shah pour lui signifier que les États-Unis le soutiendront jusqu'au bout. Dans le même temps, certains officiels américains haut placés considèrent que le Shah doit partir, sans considération pour son remplaçant.

Jusqu'en 1978, l'opposition au Shah vient principalement de la classe moyenne urbaine, dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie constitutionnelle. Ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à rassembler de grandes masses contre le Shah.

En janvier 1978, une importante manifestation d'étudiants et des meneurs religieux est réprimée dans le sang. Plusieurs étudiants sont tués.

Suivant la coutume chiite, une commémoration publique des morts se déroule après un deuil de 40 jours. Le 18 février, des groupes marchent dans de nombreuses villes en l'honneur des morts et en profitent pour protester contre le régime du Shah. L'armée intervient et plus de cent manifestants sont tués. Le cycle de deuil et de célébrations se répète, et à partir du 29 mars, de nouvelles protestations ont lieu dans le pays. Des hôtels de luxe et d'autres symboles du régime du Shah sont pillés et détruits. Le cycle reprend le 10 mai.

L'instabilité nuit à l'économie iranienne et le gouvernement impose des mesures d'austérité à l'été 1978, décide l'annulation de nombreux projets publics et le gel des salaires. Ces mesures aggravent le chômage et le ressentiment de la population
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LA CHUTE DU SHAH :.

En septembre, le Shah introduit la loi martiale et interdit toute manifestation. Le vendredi 8 septembre, une manifestation massive a lieu à Téhéran. Défavorable à l'usage de la répression violente qui risque de dégénérer en bain de sang, le Shah s'oppose à cette option. Mais les forces de l'ordre ne disposent pas du matériel adapté (gaz lacrymogène, lances à eau, etc.) pour contrôler les débordements d'une foule de plusieurs millions d'individus autrement que par les armes. Le Shah, dans une position délicate, accepte finalement que les soldats se déploient avec des tanks, des hélicoptères et des armes automatiques. Certains activistes armés profitent de la situation pour créer la confusion en tuant des centaines de manifestants supplémentaires, crimes attribués ensuite à l'armée. Ce jour reste connu sous le nom de Vendredi noir.

Le Vendredi noir contribue à réduire encore plus le soutien au Shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à l'étranger. Une grève générale déclenchée en octobre paralyse l'économie.

Les protestations de 1978 atteignent leur paroxysme en décembre, le mois saint de Muharram, un des mois importants du culte chiite. Des manifestants sont tués chaque jour, et chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur. Le 12 décembre, plus de deux millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du Shah. Ce dernier, affaibli par la maladie et abandonné par les grandes puissances étrangères, vit retranché dans le palais de Niavaran. Face aux chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de la SAVAK , le Shah ordonne que l'armée cesse de tirer dans la foule. Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Shapour Bakhtiar au poste de Premier Ministre.

Le nouveau premier ministre, afin de calmer le jeu, demande au Shah de quitter l'Iran pour quelques semaines. Le 16 janvier 1979 l'avion transportant le couple impérial et quelques collaborateurs décolle, c'est le début du second et dernier exil du Shah
(cfr. Mohammad Reza Pahlavi).

Shapour Bakhtiar, resté seul au commande de l'Iran, tente de rétablir la situation. Il ordonne la dissolution de la SAVAK et la libération des prisonniers politiques. Il espère gagner la confiance et le soutien des partisans de l'ayatollah Khomeiny qui, depuis son exil français de Neauphle-le-Château, ignore la volonté de dialogue du premier ministre et attise la ferveur de ses sympathisants contre le régime. Il leur délivre un message leur promettant d'être bientôt avec eux en Iran. Et le 1er février 1979, l'ayatollah arrive à Téhéran où des milliers de personnes l'attendent. Il se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra (le Paradis de Zahra en Persan) où il fait un discours livrant sa vision du futur de l'Iran.

L'ayatollah Khomeiny dit vouloir créer un gouvernement provisoire dès que possible, puisqu'il estime que celui de Shapour Bakhtiar n'est pas légitime. Cependant, Shapour Bakhtiar ne peut accepter l'idée de se retrouver avec deux gouvernements en Iran. L'ayatollah Khomeiny nomme tout de même Mehdi Bazargan premier ministre, et lui demande de former un gouvernement. Le gouvernement de Bakhtiar est sous pression à cause des appels à manifester faits par Khomeiny. En réponse, les partisans de Bakhtiar manifestent en signe de soutien. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Les dirigeants de l'armée respectent les derniers ordres du Shah, qui demandent d'éviter à tout prix de faire couler plus de sang.

Cependant, certains sous-officiers rallient déjà la révolution et contestent la hiérarchie. Des échauffourées se déroulent dans certaines garnisons, entre Garde Impériale et les cadets.

Les nouvelles de combats au sein de l'armée ramènent les gens dans la rue, le couvre-feu n'est plus respecté et les manifestations se déroulent jours et nuits. Au matin du 11 février, l'armée décide de rester neutre dans le conflit. Peu après, l'ayatollah Khomeiny fait annoncer à la radio la victoire de la Révolution.

Le soir du 11 février 1979, l'Ayatollah Khomeini est au pouvoir et Mehdi Bazargan est son premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire d'Iran, et la chute du gouvernement de Shapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios
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KHOMEYNI PREND LE POUVOIR :.

La destitution du Shah provoque une grande jubilation en Iran, mais de nombreux désaccords quant au futur du pays apparaissent. Khomeiny est la figure politique la plus populaire, mais il existe des dizaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vision de l'avenir de l'Iran, des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, et également une bonne variété de groupes religieux cherchant à modeler le futur de l'Iran.

Les relations étrangères, les activités économiques et militaires de la nation sont perturbées. Les théologiens sont les premiers à rétablir l'ordre dans le pays : les cellules révolutionnaires deviennent les comités locaux. Connus sous le nom de Gardiens de la Révolution à partir de mai 1979, ces groupes prennent vite le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l'Iran. Ils prennent aussi le contrôle des tribunaux qui rendent des jugements sur les anciens responsables des services de sécurité et des militaires du régime du Shah.

L'épuration est entamée par des tribunaux islamiques rapidement constitués. Tout qui a pris part, de près ou de loin, au régime impérial du Shah, qui s'est opposé aux religieux (même après les avoir soutenus dans un premier temps) se voit sommairement jugé, emprisonné, exilé ou, le plus souvent, exécuté.

En Juin, le mouvement pour la liberté publie son projet de constitution, qui déclare l'Iran République Islamique, mais sans donner aucun rôle aux Oulémas ni à la loi Islamique. En accord avec Khomeyni, la chambre rejette le projet. Le nouveau gouvernement doit être « entièrement » basé sur l'Islam.

Une nouvelle constitution est rédigée ; elle crée le puissant poste de Guide Suprême, chargé de contrôler l'armée et les services de sécurité, et pouvant mettre son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la république. Un président de la république est élu tous les 4 ans au suffrage universel, mais seuls les candidats dont la candidature a été approuvée par le Conseil des gardiens de la constitution ont le droit de se présenter aux élections. Khomeiny lui-même devient « Guide de la Révolution ». Se sentant sans pouvoirs et en désaccord avec la direction que prend le pays, Bazargan démissionne de son poste de premier ministre en novembre.

 

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Connexités :
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Source de référence :

Wikipédia, encyclopédie libre de référence

 

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