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URSS - Union des Républiques Socialistes Soviétiques
en russe : SSSR - Soïouz Sovietskikh Sotsialistitcheskikh Respoublik

 
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URSS, ancien Etat fédéral d'Europe et d'Asie.
Capitale : Moscou (Russie).

Née de la Révolution d'Octobre en 1917, l'Union fut proclamée en 1922 et dissoute en 1991, suite à la politique de Perestroïka menée par Mikhaïl Gorbatchev.

A partir de la seconde guerre mondiale, l'Union comporta quinze républiques : l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, l'Estonie, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, l'Ouzbékistan, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan et l'Ukraine.

L'URSS comptaient près de 300 millions d'habitants (les Soviétiques) répartis sur 22.400.000 km².
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L'URSS fut surtout le laboratoire d’un communisme d’État assimilé aux régimes totalitaires du XXe siècle (marqué par la personnalité de Staline) et l’un des deux grands protagonistes, avec les États-Unis, de l’histoire des relations internationales au temps de la guerre froide et de la coexistence pacifique.

 La Russie Soviétique et l'URSS sous Lénine (1917-1924) :

 Le nouveau régime : Dès le 26 octobre 1917, dix jours après que le Comité central du Parti bolchevique ait approuvé l’appel de Lénine à la prise du pouvoir par une "insurrection armée", le IIe Congrès des soviets souligne les orientations du nouveau régime à travers une série de décrets :
 

décret sur "la paix", la Russie se retire de la Première Guerre mondiale et "invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d’une juste paix démocratique";
décret sur "la terre", qui abolit la grande propriété foncière sans indemnités et met toutes les terres à disposition des paysans;
décret sur "les nationalités", qui proclame le droit des peuples de Russie à l’autodétermination, et permet à l’Ukraine, à la Finlande, à l’Arménie russe et à la Pologne d’obtenir leur indépendance;
décret sur "les entreprises industrielles", elles passent sous le contrôle des ouvriers et des employés, et sous la surveillance du Conseil supérieur de l’Économie nationale;
décret sur "la nationalisation des banques et des fleurons de l’industrie", telles les usines Poutilov de Moscou.


  Le Conseil des commissaires du peuple, constitué en gouvernement, prend de nouvelles  mesures au cours de l’année 1918 :
abolition des grades, titres et décorations de l’Ancien Régime;
séparation de l’Église et de l’État;
création de l’Armée rouge;
proclamation de l’égalité entre hommes et femmes;
poursuite des nationalisations;
adoption du calendrier occidental.
   

Présidé par Lénine, le Conseil des commissaires du peuple comprend notamment Trotski aux Affaires étrangères et Staline aux Nationalités.

Dans la foulée de la Révolution d’Octobre, les bolcheviks, menés par Lénine et le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, s’emparent des rouages du pouvoir.
Ils se heurtent, néanmoins, à l’opposition croissante des plus modérés. Sociaux-révolutionnaires, cadets et menchevik se feront alors progressivement écarter ou éliminer par les bolcheviks.


 La guerre civile : Une armée de volontaires recrutés en pays cosaque par les généraux anti-bolcheviks Alexeev et Denikine, et une autre formée en Sibérie occidentale par 45.000 anciens prisonniers de guerre tchèques, constituent les premières armées "blanches".
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Les Britanniques, hostiles au régime bolchevique, apportent leur soutien militaire aux armées blanches. Ils occupent Mourmansk (mars 1918), puis Arkhangelsk (août 1918) à l’extrême nord de la Russie.
Ils convainquent les Japonais, aidés d’un corps expéditionnaire américain, d’occuper Vladivostok en Sibérie orientale (avril 1918), avec pour objectif de réactiver le front oriental.
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Kornilov mène un soulèvement au Kouban et l’ancien chef du gouvernement provisoire de mars 1917, le Prince Lvov, prend la tête d’un gouvernement en exil à Pékin.
En septembre 1918, les différents gouvernements "blancs" se coalisent lors de la conférence d’Omsk en Sibérie.
En novembre, l’amiral monarchiste Koltchak (mandaté par les Anglais pour lever une armée d’Extrême-Orient) prend le commandement de l’armée blanche et se proclame "Régent suprême de Russie".
Très vite, il ne maîtrise plus la situation, et d’autres armées contre-révolutionnaires, plus modestes, se forment au nord-ouest, au nord et en Sibérie orientale, accroissant encore l’instabilité du pays.
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La guerre civile oppose l'Armée Rouge et les armées blanches, appuyées par les forces étrangères. Le "communisme de guerre" (défini par Trotski comme "la réglementation de la consommation dans une citadelle assiégée") est instauré et les nationalisations sont généralisées. Réquisitions et mobilisations massives se multiplient. 
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Les batailles décisives ont lieu en 1919 : au printemps, Koltchak lance une offensive contre Moscou. Il atteint les rives de la Volga. L’Armée rouge l’y stoppe et le contraint au repli. Son armée se désintègre rapidement. Lui-même est arrêté et exécuté (7 février 1920). En octobre-novembre, l’armée volontaire du général Denikine rejoint Orel, à 250 km au sud de Moscou. Mais elle est repoussée vers la mer Noire, à l’issue de rudes combats.  
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Rapidement, les contingents français débarqués à Odessa (décembre 1918) se retirent sans avoir combattu. Les Britanniques restent jusqu’à l’automne 1919. Leur soutien aux forces antibolcheviques se limite surtout à une aide financière et à du matériel militaire. Les Japonais quittent Vladivostok en octobre 1922.
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Malgré des désertions massives, l’Armée rouge sort victorieuse de la guerre civile, grâce surtout à la qualité de son organisation et à sa supériorité en nombre et en matériel (hérité de l’époque tsariste). À l’inverse, entièrement dépendantes de l’aide des puissances étrangères, les armées blanches ne peuvent que faire illusion.
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Au début de l’année 1921, la guerre civile est terminée et le régime, malgré la haute tension qui demeure, a consolidé son pouvoir.
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Ainsi, la vaste opération contre-révolutionnaire redoutée par le pouvoir russe n’a pas eu lieu. Devant ces multiples assauts, Moscou a réagi très tôt du reste, en fondant l’Armée rouge (15 janvier 1918). Initialement composée de 100 000 volontaires paysans et ouvriers, elle réunit, au plus fort du conflit, près de cinq millions d’hommes.
 

 Consolidation du régime : Le "communisme de guerre" a ruiné le pays et laissée exsangue l'économie. Pour palier à cette situation catastrophique, Lénine lance la Nouvelle Politique Economique (NEP), instillation de bribes de capitalisme dans le régime socialiste. Cette politique réduit les réquisitions sur les produits agricoles et dénationalise les petites entreprises, espérant relancer l'économie par le développement d'une liberté d'entreprise limitée et sévèrement contrôlée. Théoriquement, la production agricole et industrielle doit repartir à la hausse grâce à cet accommodement.
En réalité, l'Union est si malade que seule la misère (famine de la Volga en 1921 et 1922) croîtra à travers les républiques.
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La bureaucratie et l'autoritarisme reprendront ensuite le pays en mains. Des mesures draconiennes sont décidées.
.  radicalisation de la ligne anti-capitaliste;
.  développement du prosélytisme procommuniste;.
.  réorganisation de la direction du PC;
.  création du Politburo ("bureau politique" composé de cinq membres : Lénine, Trotski, Staline, Kamenev et. .Krestinski);
.  proclamation du PC en tant que parti unique;
.  toute velléité anti-soviétique est muselée, écrasée dans l'oeuf, éradiquée;
.  le Parti Communiste, seul, règne en maître sur l'Etat.

 

 Formation de l'URSS : Le 30 décembre 1922, création de l'URSS. Sous l'égide de Staline, une nouvelle constitution est promulguée  et ratifiée en 1924.
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L’URSS ainsi constituée peut rétablir des relations diplomatiques internationales.
Elle réintègre progressivement la communauté des nations et rompt partiellement l’isolement consécutif à la crise de défiance des puissances occidentales en 1917-1921.
En 1924, la plupart des grandes puissances ont reconnu le pays et établi des relations diplomatiques avec lui.
Il faut toutefois attendre 1933 et la présidence de Franklin Roosevelt pour que les États-Unis reconnaissent à leur tour l’Union soviétique.
 

 La Stalinisation (1924-1939) :

 Prise du pouvoir :  Tout en faisant le ménage au sein du PC (12 sociaux-révolutionnaires exécutés et plusieurs dizaines de milliers d'"ennemis du peuple" exclus du parti), Staline organise sa lutte pour le pouvoir.
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L'adversaire qu'il identifie comme le plus dangereux est Trotski (qui réclame moins de bureaucratie et moins de centralisme).
Le "petit père des peuples", qui désacralise par ailleurs Lénine en le qualifiant de "révisionniste antibolchévique", s'allie Kamenev et Zinoviev pour mettre Trotski à l'écart.
Ces deux nouveaux alliés se désolidariseront rapidement de Staline pour rejoindre Trotski, Staline se tournant alors vers Boukharine, Rykov et Tomski.
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Le combat idéologique et la lutte pour le pouvoir font rage et durent trois années (1924, 1925 et 1926).
En 1927, Staline, secrétaire général depuis 1924, décide d'imposer ses vues et de ne plus tolérer la moindre opposition. Trotski a déjà été démis de ses fonctions au Conseil militaire révolutionnaire, il est exclu (ainsi que Kamenev et Zinoviev) du PC en 1928, banni d'URSS en 1929 et assassiné, à Mexico, en 1940.
Zinoviev et Kamenev, faisant leur autocritique, sont réintégrés.
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Les adversaires désignés étant définitivement neutralisés, Staline s'en prend ensuite à ses alliés, Boukharine, Rykov et Zinoviev, qu'il marginalise.
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Le système politique de Staline se caractérise par la personnification du pouvoir absolu, une bureaucratie rigide et privilégiée, la délation systématique au sein des organes du parti et du pouvoir, le recours aux purges, les camps de concentration du goulag, la déportation en Sibérie et la sanctification du système de la nomenklatura et de ses prérogatives.
 

 Intensification de la collectivisation :  En 1927, les récoltes sont toujours inférieures à celles de 1913 et Staline décide d'accentuer la "construction du socialisme" par une collectivisation intensifiée.
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En 1928 est ainsi inauguré le premier des plans quinquennaux (1928-1932), dont le but est de transformer un pays agricole arriéré en grande puissance industrielle et de changer la nature profonde de la société.
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Les deux mots d'ordre sont : industrialisation à outrance et collectivisation des terres.
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La priorité est donnée à la réalisation de grands projets d'infrastructure et à l'industrie lourde.
Les grands travaux de construction aboutissent grâce à la force de travail des centaines de milliers de prisonniers du goulag.
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Au début de 1933, à la fin du plan, la production de l'industrie lourde a augmenté de 273 p. 100.
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Dans les campagnes, la collectivisation forcée se heurte à l'opposition des paysans. Une partie d'entre eux, enrichis par la "Nouvelle Politique Economique" (les koulaks), sont impitoyablement massacrés. Des millions d'autres sont déportés ou meurent de faim.
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La collectivisation aboutit, de gré ou de force. Fin 1932, 210 000 kolkhozes cultivent 70 p. 100 des terres et 4 300 sovkhozes 10 p. 100.
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Staline impose au peuple des cadences infernales et réussit son pari : ses résultats contrastent avec la crise économique de 1929 et ses contrecoups, que subissent l'Europe de l'Ouest et les États-Unis.
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Mais la collectivisation à marche forcée entretient la colère d'une petite paysannerie de plus en plus misérable et le niveau de vie des ouvriers ne s'est pas réellement élevé.
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Le pays reste en crise et Staline promulgue des décrets qui ouvrent la voie à l'ère des grandes purges et à l'apogée du goulag : ainsi, à partir de 1932, toute personne portant atteinte à l'intégrité de la propriété terrienne socialiste risque la mort.
 

 Les purges et le goulag :  Cette situation explique largement l'émergence de la rhétorique du complot anticommuniste dans le discours soviétique (logique qui justifie la systématisation d'une Terreur prophylactique qui doit réduire au silence tous les "ennemis du peuple" et du communisme).
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En décembre 1934, l'assassinat à Leningrad de Kirov, concurrent de Staline et secrétaire du Comité central du PCUS, marque le début de la première grande épuration des cadres du parti soupçonnés d'opposition au régime ou accusés d'avoir appartenu au courant trotskiste.
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Saisissant le prétexte de cet assassinat, Staline les fait emprisonner, déporter en Sibérie ou exécuter. Les purges staliniennes touchent également les membres du Comité central à partir d'août 1936 (les deux tiers sont exécutés entre 1934 et 1938), ainsi que les officiers de l'Armée rouge (35 000 officiers sur 70 000 sont arrêtés entre 1936 et 1938, 75 des 80 siégeant au Conseil militaire suprême sont écartés).
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Au cours des procès de Moscou (1936-1938), plusieurs des dirigeants parmi les plus influents du parti, dont Zinoviev, Boukharine, Rykov et Kamenev sont accusés de comploter avec l'Allemagne et le Japon pour renverser le régime. Reconnus coupables, les trois premiers sont exécutés.  L'Armée rouge passe sous la coupe stalinienne. Cette série de purges vaut à l'URSS la condamnation de la communauté internationale.
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Autre instrument de la répression mis en place dès 1919 : les camps de concentration et de travail forcé. Ces goulags regroupent condamnés de droit commun et détenus politiques qui doivent subir un redressement par le travail et une réhabilitation idéologique.
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Entre 1935 et 1939, plus de 6 millions de Soviétiques sont victimes des épurations. Près de 10 millions depuis le début des années 30.
 

 La Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) :

 Pacte germano-soviétique :  Le 24 août 1939, un pacte germano-soviétique d'amitié et de non-agression est signé à Moscou par von Ribbentrop et Molotov. Il contient une clause secrète qui prévoit la partition de la Pologne, l'attribution de la Lituanie à l'Allemagne et celle des autres pays baltes, ainsi que de la Finlande et de la Bessarabie à l'URSS.
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Le 1er septembre, l'Allemagne envahit la Pologne, provoquant l'entrée en guerre du Royaume-Uni et de la France et le début de la Seconde Guerre mondiale. Le 17 septembre, l'Armée rouge franchit à son tour la frontière polonaise, s'empare des régions orientales et entreprend la soviétisation de la zone occupée.
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Des centaines de milliers de Polonais sont déportés au goulag. Le 29 septembre enfin, les gouvernements allemand et soviétique signent un traité délimitant leurs zones d'influence en Pologne. Le traité reconnaît la suprématie de chaque puissance dans sa sphère respective et prévoit une résistance commune à toute ingérence extérieure.
 

 L'invasion allemande :  Le 22 juin 1941, Hitler déclenche l'application du plan Barbarossa, à savoir l'invasion de l'URSS.
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Staline, qui a longtemps refusé de croire à une agression allemande, est pris au dépourvu. La situation militaire et politique de l'URSS s'en trouve radicalement transformée, la guerre prenant des proportions internationales et le système des alliances évoluant rapidement.
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L'Allemagne se bat désormais sur deux fronts, à l'est et à l'ouest, comme lors de la Première Guerre mondiale. D'autre part, la Finlande, la Hongrie, l'Albanie et d'autres satellites de l'Axe déclarent la guerre à l'URSS.
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Dans ce contexte, l'URSS, victime des forces de l'Axe, se rapproche des adversaires de l'Allemagne. Les États-Unis décident de lui accorder leur aide matérielle. Ce programme fournit à l'URSS 12 milliards de dollars en équipement et en nourriture.
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En janvier 1942, le pouvoir soviétique et vingt-cinq gouvernements alliés déclarent qu'ils souscrivent formellement au programme et aux objectifs de la charte de l'Atlantique et s'engagent à coopérer dans la guerre contre les puissances de l'Axe.
 

 L'URSS perd pied :  L'assaut des forces de l'Axe contre l'URSS est lancé de l'océan Arctique à la mer Noire.
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À la charnière de l'été et de l'automne 1941, les Allemands s'enfoncent profondément en URSS, attaquant Leningrad, Moscou et l'Ukraine. L'Armée rouge (4 millions de soldats sous le commandement direct de Staline) chancelle sous les coups de boutoir de la Wehrmacht (5 millions d'hommes).
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Staline fait déployer des efforts titanesques pour soustraire les usines et les ouvriers à la progression de l'envahisseur et les réinstaller dans l'Oural et en Asie centrale, afin de sauvegarder une partie de l'industrie sidérurgique et de l'armement. Les unités de production qui ne peuvent être déplacées sont rasées au nom de la politique de "la terre brûlée".
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Avec des centaines de milliers de soldats emprisonnés et blessés, l'URSS paraît à genoux. 
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Les atrocités commises par les Allemands durcissent toutefois la résistance soviétique et la contre-offensive est lancée. L'Armée rouge bloque les Allemands en deux temps : d'abord à Leningrad en septembre 1941 - la ville est toutefois assiégée jusqu'en janvier 1944 et les pertes y dépassent 1 250 000 personnes; ensuite sur la route de Moscou, en décembre.
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La progression de la Wehrmacht, qui perd 900.000 hommes en quelques semaines, est stoppée.
 

 Stalingrad, le tournant :   Au sud, les Allemands se sont emparés de l'Ukraine et des terres jusqu'à la Volga, avec l'espoir de couper Moscou et Leningrad du Caucase et de l'Asie du Sud-Ouest (où le pétrole constitue une manne des plus attractives).
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Mais leur offensive est ici aussi stoppée grâce à la bataille de Stalingrad où la VIe armée de Paulus est vaincue (août 1942 - février 1943).
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Le mythe de l'invincibilité de l'armée allemande s'effondre. Le mot d'ordre de Staline "Plus un pas en arrière" triomphe.
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Prenant alors l'offensive, l'Armée rouge repousse les Allemands vers l'ouest. Les États baltes et l'Ukraine sont libérés au cours de l'été 1944. Les combats continuent en Pologne et en Roumanie.
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Bientôt, la victoire et l'installation de gouvernements prosoviétiques vont dans le sens des attentes de Staline. D'autres victoires suivent, comme l'annexion de la Finlande et l'entrée en Bulgarie (septembre 1944) - victoires ponctuées par le lancement d'une déportation massive des peuples ayant, selon le Kremlin, collaboré avec les Allemands. Tchétchènes, Ingouches, Tatars de Crimée etc., prennent la route du goulag.
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Le 22 avril 1945, les forces soviétiques pénètrent dans les faubourgs de Berlin. Trois jours plus tard, elles font la jonction avec l'armée américaine dans la vallée de l'Elbe. La guerre en Europe s'achève le 8 mai.
 

 La Guerre Froide :

 Le monde en deux blocs :   Au cours de l'année 1947, l'instauration de régimes de "démocratie populaire" assied le totalitarisme communiste dans les pays passés sous le contrôle de l'URSS.  
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Les communistes accèdent au pouvoir en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie, dans les pays baltes; un peu plus tard en Pologne. Seule la Tchécoslovaquie échappe encore à la mainmise complète des communistes sur l'appareil d'État. Quant à la Yougoslavie, Tito y règne en maître. Il faut encore évoquer le poids des partis communistes en Italie (PCI) et en France, où le PCF est majoritaire dans les scrutins de l'immédiat après-guerre. Cette situation inquiète les gouvernements occidentaux.  
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Cette considérable et fulgurante extension de la zone d'influence soviétique accentue la constitution des "blocs". Celle-ci franchit une nouvelle étape avec la fondation du Kominform, le 22 septembre 1947. Cet organisme est chargé d'assurer la coordination entre les différents partis communistes (est et ouest-européens) et d'opposer, par une stricte discipline prosoviétique, un front commun aux ambitions des États-Unis sur le Vieux Continent, jugées hégémoniques et offensives.

Les Occidentaux interprètent la création du Kominform comme une déclaration de guerre. Pour les États-Unis, une de leurs principales préoccupations consiste dorénavant à endiguer la progression du communisme en Europe et ailleurs, en aidant notamment les pays les plus affaiblis par la guerre (Grèce, Turquie) et en jouant d'une influence accrue par le biais de l'aide économique sur les pays de l'Europe de l'Ouest. Cette orientation se concrétise par le plan Marshall (juin 1946), auquel l'URSS refuse de souscrire.  
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En 1948, la tension se transforme en guerre froide.  
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De mars 1948 à mai 1949, la confrontation Est-Ouest franchit une nouvelle étape avec le blocus de Berlin. Cette crise débouche sur le partage de l'Allemagne et sur la création de la République démocratique allemande (RDA), qui devient un énième satellite de l'URSS.  
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En mai 1948, le "coup de Prague" (coup d'Etat avec l'appui des chars soviétiques) installe un gouvernement communiste en Tchécoslovaquie, ce qui aggrave encore la tension Est-Ouest.  
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Seule la Yougoslavie du maréchal Tito, héros de la résistance aux Allemands, ne mène pas une politique aux ordres de l'URSS. Il est accusé de révisionnisme et rompt avec Staline en juin 1948. Fidèle au marxisme, il libéralise alors quelque peu l'économie et conduit une politique d'ouverture à l'égard des Occidentaux.
 

 La bombe atomique :   En janvier 1949, l'expansionnisme soviétique s'affirme encore à travers la création du Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM), plus souvent désigné sous le sigle anglais Comecon, qui répond à la fondation de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), corollaire du plan Marshall. Le Comecon a pour tâche de favoriser les échanges économiques ainsi que la coopération scientifique et technique entre les démocraties populaires, et d'accélérer leur intégration économique dans une zone sous contrôle de l'URSS.  
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En réponse à cette création, le 4 avril, les puissances occidentales créent l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), qui assure aux Européens l'alliance des États-Unis contre toute agression.  
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La tension atteint alors son paroxysme, accentuée par les guerres d'Indochine et de Corée et, en 1949, par l'explosion de la première bombe atomique soviétique (bombe A), quatre ans après celle des États-Unis.  
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L'instrument roi de la logique de l'intimidation donne à la guerre froide une dimension plus inquiétante et dramatique encore (même si la possession de cette arme dans les deux camps neutralise de fait les velléités offensives). Les deux blocs atteignent l'"équilibre de la terreur".
 

 Les turbulences, mélange de progrès et d'immobilisme :

 Le système stalinien vacille :  Au lendemain de la mort de Staline, le 5 mars 1953, une direction collégiale prend les rênes du pays.
L'équipe dirigeante est constituée de Malenkov, de Molotov, de Beria, de Vorochilov, de Boulganine et de Kaganovitch.  
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En septembre, Khrouchtchev succède à Malenkov au poste de premier secrétaire du PCUS.  
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La transition post-Staline ne se déroule pas sans heurts. Des luttes de pouvoir s'affirment rapidement. Beria, l'homme fort de la nouvelle équipe dirigeante, ouvre une ère de réelles réformes. Il stoppe les purges et prépare la libération de près de 50 p. 100 des déportés des goulags.  
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Beria permet l'arrestation du fils de Staline, Vassili, pour "dissipation des biens de l'État". Il évoque à demi-mot les méfaits du culte de la personnalité. Il affirme que le parti doit s'éclipser derrière le gouvernement et le laisser travailler. Enfin, il purge lui-même les rouages du système répressif et d'espionnage (exécution d'Abakoumov, chef de la Sécurité d'État, laquelle devient à cette occasion le KGB).  
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Cette politique réformatrice entraîne la chute de Beria. Il est éliminé, à la demande de Khrouchtchev, pour "activités criminelles et contraires au parti".
Jugé en décembre 1953, il est condamné à mort et exécuté.  
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Plusieurs autres hauts dirigeants, amis de Beria, sont exécutés en 1954.
 

 La déstalinisation :  Sur l'initiative de Khrouchtchev, qui s'affirme progressivement comme le nouvel homme fort de Moscou, le XXe Congrès du parti (février 1956), marque un tournant en rompant avec le système stalinien pur et dur.  
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Le rapport Khrouchtchev dénonce en premier lieu le culte de la personnalité. Outre cette critique à très forte charge symbolique, Khrouchtchev accuse Staline "d'arrestations et de déportations massives de milliers de personnes, de l'exécution sans procès et sans enquête d'honnêtes et d'innocents communistes".  
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Il l'accuse encore d'avoir mal préparé la défense contre l'invasion allemande de juin 1941 et d'avoir mal géré l'effort de guerre, causant la mort inutile de "centaines de milliers de soldats". Il précise que, "maladivement soupçonneux", Staline "avait à l'évidence des plans pour achever les anciens membres du politburo".  
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Dans un premier temps, les attaques contre Staline  choquent profondément l'orthodoxie communiste en URSS et à travers le monde. Durant la campagne de déstalinisation, les portraits de l'ancien chef d'État sont retirés des lieux publics, les institutions et les localités portant son nom sont rebaptisées et les livres d'histoire réécrits.  
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Cependant, le système soviétique ne se libéralise ni subitement ni entièrement, au contraire.  
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Le XXe Congrès est, de ce point de vue, un événement paradoxal : il ouvre la voie à la coexistence pacifique (permise en particulier par la disparition des fronts coréen et indochinois), mais il ne solde pas la prétention de l'URSS à l'hégémonie sur les pays du pacte de Varsovie : fondé en mai 1955, celui-ci repose sur un pacte d'assistance mutuelle en cas d'agression extérieure; il est le pendant, à l'Est, de l'OTAN.
 

 Apogée et disgrâce de Khrouchtchev :  Ayant ainsi à la fois ouvert la voie des réformes (recul du goulag, décentralisation du pouvoir industriel, réforme industrielle favorable à la chimie…) et souligné son attachement à l'intégrité de la zone d'autorité soviétique, Khrouchtchev prend l'ascendant sur le parti et sur le pouvoir, non sans problème néanmoins.  
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Molotov, Malenkov et Kaganovitch sont mis en accusation en juin 1957. En octobre, c'est au tour de l'un des derniers opposants à Khrouchtchev, le maréchal Joukov, d'être mis sur la touche. En mars 1958, Khrouchtchev parachève sa "prise du pouvoir" en remplaçant Boulganine, démissionnaire de son poste de président du Conseil des ministres.  
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Comme Staline avant lui, il dispose désormais des deux principaux postes : la direction du parti et celle du gouvernement. C'est la fin de la direction collégiale; et c'est aussi la fin des heures chaudes de la première guerre froide, puisque le chef du Kremlin rencontre Dwight Eisenhower à Camp David en septembre 1959, scellant ainsi les grandes lignes de son œuvre sur le plan des relations internationales, en particulier la "coexistence pacifique".  
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À l'occasion du XXIe Congrès du parti en 1961, Khrouchtchev tente de relancer la déstalinisation. Il obtient le retrait de la dépouille de Staline du mausolée où il repose aux côtés de Lénine et l'exclusion du parti des staliniens qui s'étaient opposés à lui en 1956-1957. Mais cette déstalinisation a ses limites. Les années soixante voient un recul de l'antistalinisme et un regain de crédit en faveur de Staline, père de l'édification du communisme, du PCUS et vainqueur de la Seconde Guerre mondiale.  
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À terme, les initiatives réformistes de Khrouchtchev et les crises de la guerre froide lui valent sa place. Dans le procès qui est peu à peu instruit contre lui, on lui reproche, en particulier, ses échecs en matière de politique agraire et industrielle, mais également sa politique extérieure.  
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Le 15 octobre 1964, il est relevé de ses fonctions et remplacé par Kossyguine à la présidence du Conseil des ministres et par Brejnev à la tête du PCUS.
 

 Brejnev, maître de l'URSS :  De 1965 à 1970, Brejnev et Kossyguine travaillent de concert. Sans apporter de transformations radicales dans les grandes options politiques et économiques de l'URSS, ils accomplissent un certain nombre de réformes : autonomie comptable des entreprises, autonomie accrue des kolkhozes pour assurer un meilleur revenu aux agriculteurs, amorce d'une coopération avec l'Ouest (1966), réhabilitation des Tatars de Crimée, signature d'un traité de non-prolifération des armes atomiques (juillet 1968).  
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Pour autant, la tension avec la Chine et la répression du Printemps de Prague (1968) viennent rappeler que les visées hégémoniques sur le monde communiste ne changent pas.  
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Au lendemain de la répression en Tchécoslovaquie, l'URSS réaffirme son autorité, en particulier sur l'Albanie, la Pologne, la Roumanie, la Yougoslavie.  
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Brejnev est désormais l'un des principaux maîtres d'œuvre de cette politique de reglaciation. Réélu secrétaire général du parti en 1976,  il cumule (dès 1977) les fonctions de président du Conseil et de président du Soviet suprême. Une nouvelle Constitution est proclamée cette même année, mais l'URSS reste monolithique et Brejnev, par certains aspects, tente même de recréer à son profit une dynamique de culte de la personnalité rappelant les années staliniennes.
 

 La dissidence :  Un courant peu nombreux mais persistant d'intellectuels, d'artistes, de croyants et de nationalistes dissidents produit des manifestes critiques, fait circuler de la littérature clandestine (samizdat) et organise des manifestations pour une plus grande liberté.  
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Un "dégel" dans le contrôle gouvernemental, à l'époque de Khrouchtchev, est suivi par un retour à une politique plus répressive, en particulier après le Printemps de Prague (1968). Des centaines de dissidents accusés d'activités subversives sont révoqués, emprisonnés, internés en psychiatrie ou au goulag. Parmi les plus célèbres figurent l'écrivain Alexandre Soljenitsyne et le physicien Andreï Sakharov.  
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Interdit de publication en Union soviétique en 1968, Soljenitsyne est expulsé d'URSS en 1974. Quant à Sakharov, il n'est pas inquiété pendant longtemps, en raison de sa réputation scientifique. Mais sa dénonciation de l'intervention soviétique en Afghanistan, en décembre 1979 lui vaut, dès le mois suivant, d'être placé en résidence surveillée à Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod). Il ne sera autorisé à rentrer à Moscou qu'en décembre 1986, sous Gorbatchev.  
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La dissidence compte également nombre de Juifs désireux d'émigrer en Israël; un départ que le gouvernement refuse obstinément, par peur du précédent et pour ne pas perdre des citoyens formés à grands frais.
 

 Relations avec l'Ouest :

 OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) :  L'ensemble de la politique extérieure soviétique est cependant, et avant tout, déterminée par l'évolution des relations entretenues avec les États-Unis et le camp de l'OTAN.  
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Périodes de crise aiguë et de détente se succèdent jusqu'au tournant gorbatchévien de 1985-1989.
 

 La crise de Cuba :  Après les épisodes tendus de la guerre froide autour de la guerre en Corée et, indirectement, autour de la question indochinoise, la période de la coexistence pacifique assure une détente des relations est-ouest, que vient seulement perturber l'édification du mur de Berlin en 1961.  
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Mais, en 1962, lors de la crise des fusées de Cuba, la tension redevient paroxystique.  
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L'URSS entretient alors d'étroites relations avec le gouvernement révolutionnaire cubain de Fidel Castro, lui ayant notamment promis son aide en cas d'attaque des États-Unis.  
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C'est en partie pour contrer cette implantation provocante que les États-Unis soutiennent le débarquement de la Baie des Cochons en 1961, dans l'espoir de renverser le régime castriste et d'éradiquer la présence communiste dans les Caraïbes.  
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Mais en 1962, alors que les relations entre l'URSS et les États-Unis sont déjà dégradées, l'URSS équipe des bases cubaines de missiles d'attaque.  
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Le président américain John F. Kennedy exige leur retrait en octobre.  
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Khrouchtchev cède : la crise des fusées constitue un des sommets de la guerre froide et les analystes s'entendent à dire que c'est probablement à cette période que le monde a le plus frôlé le précipice, à deux doigts de plonger dans une troisième guerre mondiale, une guerre nucléaire.
 

 Contrôle des armements :  Mais dès avant la crise cubaine, l'URSS et les États-Unis ont pris langue autour de la question essentielle du désarmement. En 1954 puis en 1959, l'Union soviétique propose un désarmement total. Cette proposition échoue lorsqu'elle s'oppose aux dispositions de vérification des accords.  

En 1960, elle annonce une réduction d'environ un tiers de sa puissance militaire et en demande autant au camp adverse. Toutefois, les nations occidentales refusent de suivre une telle proposition sans que l'URSS accepte les contrôles.   
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Le problème de la limitation bilatérale des armements reste pourtant crucial et c'est autour de la question de la non-prolifération nucléaire que l'URSS accepte enfin de négocier.  
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En 1963, l'année où est installé le "téléphone rouge" (ligne directe entre la Maison-Blanche et le Kremlin), l'URSS signe un accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni interdisant tous les essais nucléaires à l'exception des essais souterrains. Elle rejoint également les États-Unis en acceptant de garder l'espace dépourvu de tout armement.  
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En 1968, l'URSS signe cette fois un traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (avec la Grande-Bretagne et les États-Unis) et rouvre la porte aux négociations directes. En témoignent la visite de Richard Nixon à Moscou en 1972, puis la rencontre Brejnev-Ford au sommet de Vladivostok (1974). Dans la même logique, une série de pourparlers sur la limitation des armes stratégiques (dits accords "Salt 1 & 2") entre les deux superpuissances, entamés en novembre 1969 à Helsinki aboutissent à des accords en mai 1972, novembre 1974 et mai 1976 notamment, qui tous limitent le nombre de missiles et de sites de tir.
 

 Aléas de la guerre froide et de la détente :  Du reste, les progrès de la détente ne vont pas sans à-coups ni retours en arrière.  
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Ainsi en va-t-il de la période 1968-1975, depuis le Printemps de Prague (1968) et de l'intervention militaire soviétique qui s'ensuit jusqu'à la guerre du Viêt-Nam qui fait resurgir le spectre d'un conflit est-ouest. De même, la condamnation internationale de l'intervention soviétique en Afghanistan marque une relance de la guerre froide au tournant des années 1970-1980.  
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Si plusieurs accords américano-soviétiques prévoient la coopération dans les domaines de la recherche sanitaire, de la protection de l'environnement, de la science et de la technologie, de la culture, de la conquête de l'espace, de la prévention des accidents maritimes et de la limitation des armements, la tension menace toujours de resurgir, surtout dans les dernières années du règne brejnévien.  
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Cette tension est alimentée par les controverses internationales qui touchent à la situation de crise dans la Pologne de Solidarnosc (Solidarité, mouvement syndical revendicatif de libertés, au début des années quatre-vingt; on y craint une intervention militaire soviétique), au sort réservé aux dissidents.  
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En dépit de ces tensions, les Soviétiques et les Américains parviennent à un accord sur un nouveau traité, Salt II, en mai 1979, et Leonid Brejnev rencontre le président Jimmy Carter à Vienne pour la signature officielle un mois plus tard. L'intervention armée des Soviétiques en Afghanistan en décembre 1979 empêche toutefois la ratification de l'accord par le Congrès américain.  
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Au milieu des années 80, les missiles SS 20 soviétiques braqués sur l'Europe occidentale incitent les Américains et l'OTAN à déployer des Pershing II et des Cruise-missiles en Europe. Choix effectué au grand mécontentement d'organisations humanistes, écologistes et gauchistes européennes (parfois abondamment subsidiées par les ambassades soviétiques, principalement celle de La Haye), qui agitent le spectre de la guerre nucléaire, de la provocation américaine et jouent sur la peur des populations pour organiser de vastes et impressionnantes manifestations pacifistes... anti-américaines.  
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La guerre froide n'est pas morte et l'on atteint des sommets en matière de manipulation des media, de désinformation, ainsi que dans l'art consommé d'utiliser la psychologie des foules. Un des nombreux domaines d'excellence du KGB.  
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Il faut attendre l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev (1985) pour que l'URSS entre réellement et durablement dans une logique de vraie détente.  
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Le pays n'a plus alors ni l'envie ni les moyens de se maintenir dans l'état de tension et de sacrifices qu'impose depuis près de quarante ans la concurrence stratégique, militaire et diplomatique avec les États-Unis.
 

 Effilochage, désagrégation et dissolution :

 Politique indécise :  À la mort de Leonid Brejnev (novembre 1982), Iouri Andropov, ancien chef du KGB (Komitet Gossoudarstvennoï Bezopasnosti, "comité pour la sécurité d'État") et ambassadeur en Hongrie, lui succède au secrétariat général du parti et à la tête de l'État, poursuivant ainsi la tradition établie depuis Staline.  
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Andropov maintient l'action militaire en Afghanistan. Il oppose son veto au principe de l'option "zéro" en matière d'armement, proposée par les États-Unis.  
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Il ne libéralise pas la société. Le temps de l'affaire du Boeing du Korean Airlines (un avion de ligne abattu par l'armée soviétique en août 1983), il fait même chanter de nouveau les sirènes de la guerre froide, en accusant les Occidentaux d'avoir provoqué cet incident pour mettre l'URSS en accusation.  
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Mort à l'issue d'une longue maladie le 9 février 1984, Andropov est remplacé par Konstantin Tchernenko, qui s'arroge aussitôt les deux pouvoirs suprêmes, mais décède à son tour le 10 mars 1985.  
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Le 11 mars, Mikhaïl Gorbatchev, proche conseiller d'Andropov et âgé de seulement 54 ans, accède à la tête de l'URSS et ouvre l'ère d'une longue et difficile transition.
 

 Glasnost et Perestroïka :  Après avoir assuré son pouvoir en changeant les membres du Politburo, Gorbatchev lance une campagne destinée à réformer la société soviétique. Ses mots d'ordre sont : "perestroïka" (restructuration) de l'économie nationale et "glasnost" (transparence) dans les affaires politiques et culturelles.  
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Lors de la XIXe Conférence du parti en juin 1988, il propose une série de réformes constitutionnelles qui doivent transférer le pouvoir du parti à des représentants élus par le peuple, réduire le rôle du parti dans la gestion de l'économie locale et accroître largement le pouvoir du président. Trois mois plus tard, Andreï A. Gromyko démissionne du poste de président qu'il occupait depuis 1985. Gorbatchev lui succède et dispose dès lors d'une plus grande latitude pour réformer la société soviétique.  
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Les initiatives qu'il prend entre 1985 et 1990 (suppression du parti unique, nouvelle loi électorale, démocratisation de la presse, amorce d'une réforme économique reconnaissant le rôle du marché et de la propriété privée, lutte contre l'alcoolisme, etc.) rencontrent de vives résistances.  
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En mars 1989, les électeurs soviétiques participent à leur première élection nationale depuis 1917 et désignent le nouveau Congrès des députés du peuple. À son tour, celui-ci se réunit en mai pour élire le Soviet suprême et Gorbatchev pour un mandat présidentiel de cinq ans. Ce dernier accroît alors l'autorité de la présidence soviétique et transfère le pouvoir du parti communiste aux assemblées législatives élues dans les républiques de l'Union.  
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Gorbatchev rencontre de grandes difficultés internes sur le plan politique, économique et social. L'accident nucléaire de Tchernobyl d'avril 1986 et le tremblement de terre arménien de 1988 (25 000 morts et 400 000 sans-abri) ralentissent son action; mais peu, grâce à ses audaces et à sa popularité internationale qui ne cesse de croître et lui vaut en octobre 1990 le prix Nobel de la paix, qui confère une aura nouvelle à son action.  
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Mais tout autant que les réformes intérieures qui ouvrent la voie à la démocratisation de l'URSS, cette distinction couronne son énergique travail en faveur du dégel et de l'éclatement du carcan communiste qui pèse sur l'Europe de l'Est.
 

 Pacification et rapprochement avec l'Ouest :  Gorbatchev commence par solder la question afghane, boulet économique et bourbier militaire qui mécontente la population. Le retrait s'achève en février 1989. En octobre, l'URSS reconnaît que la guerre d'Afghanistan a constitué un viol des "règles de bon comportement".  
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Parallèlement à cette démobilisation qui met fin à l'une des dernières actions expansionnistes de l'URSS brejnévienne, Gorbatchev tient, entre 1985 et 1990, une série de conférences au sommet avec les présidents américains Ronald Reagan, puis George Bush.  
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En décembre 1987, les deux présidents signent un accord qui élimine les missiles à moyenne portée et certains missiles à courte portée. En mai 1990, Gorbatchev et Bush paraphent un traité qui met fin à la production d'armes chimiques et réduit les arsenaux déjà existants et, en juillet 1991, ils signent le traité START I qui prévoit une réduction de 25 p. 100 environ des têtes nucléaires.  
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En décembre 1988, lors de l'Assemblée générale de l'ONU, Gorbatchev annonce une réduction unilatérale des forces conventionnelles, notamment en Europe de l'Est et le long de la frontière sino-soviétique. Puis, en mai 1989, lors de la visite à Pékin du dirigeant soviétique, la Chine et l'URSS renouent des relations normales après une éclipse de trente années.  
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En décembre suivant, lors d'une entrevue avec le pape Jean-Paul II, à Rome, Gorbatchev promet le retour à la liberté de culte. Les relations diplomatiques avec le Vatican sont rétablies. La levée des restrictions à l'émigration juive vers Jérusalem permet le réchauffement des relations avec Israël.  
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Enfin, décision hautement significative soulignant l'évolution de la géostratégie depuis l'arrivée de Gorbatchev au Kremlin, l'URSS s'associe aux forces de l'OTAN lors de la guerre du Golfe.
 

 La dissolution :  Au nombre des ruptures radicales avec l'ancienne politique soviétique figure le refus de l'URSS d'intervenir en Europe de l'Est lorsque les révolutions démocratiques de 1989, dont Gorbatchev est l'un des principaux inspirateurs, balaient en quelques mois les État-partis nés dans l'orbite de l'URSS après la Seconde Guerre mondiale.  
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Les dissolutions du pacte de Varsovie (25 février 1991) et du Comecon (28 juin 1991) participent de la volonté gorbatchévienne de faire sortir l'URSS de l'ornière de soixante-dix ans de communisme et de repli sur soi.  
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L'État soviétique n'est pourtant pas à l'abri des forces qui renversent les régimes d'Europe de l'Est et Gorbatchev lui-même aura à en souffrir.  
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En février 1990, alors que l'économie soviétique se dégrade rapidement, le PCUS accepte d'abandonner le monopole du pouvoir politique. Cette évolution et le succès des forces d'opposition lors des scrutins qui suivent entament le crédit dans le pays d'un Gorbatchev qui fait face aux élans sécessionnistes de plusieurs républiques.  
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Le 11 mars, la Lituanie proclame son indépendance, défiant Moscou et ses menaces de sanctions, qui se révèlent réelles, puisque des chars débarquent le 23. Cependant, des mouvements nationalistes et indépendantistes ou autonomistes touchent d'autres Républiques (Estonie, Lettonie, Ouzbékistan, Arménie, Ukraine, Biélorussie, Géorgie).  
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En novembre 1990, Gorbatchev, dont la cote de popularité s'effondre tente d'augmenter ses prérogatives exécutives en tant que président de la République et de mettre en place de nouvelles réformes politiques et économiques.  
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Aux premiers jours de 1991, l'URSS vit une profonde tourmente.  
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De janvier à mars, la crise balte bat son plein et les populations autochtones se déclarent en faveur de l'indépendance.  
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En mars, tandis que la Géorgie fait sécession, neuf des quinze Républiques acceptent de participer à un référendum sur l'organisation d'une "Union rénovée".  
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Tous ces facteurs valent son poste de président à Gorbatchev, auquel Boris Eltsine succède le 12 juin. Il poursuit cependant activement sa diplomatie de détente avec les États-Unis.  
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Le 19 août au soir, un communiqué de l'agence TASS annonce qu'"incapable d'assumer ses fonctions pour des raisons de santé", Gorbatchev est remplacé par G. Ianaev.  
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En fait, Gorbatchev vient d'être victime d'un putsch fomenté par un groupe de communistes irréductibles comprenant de nombreux officiers de haut rang. Il est placé en résidence surveillée.  
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Menés par le président Boris Eltsine, les réformateurs, s'appuyant sur un fort soutien populaire anti-putschiste, réussissent à maîtriser le coup d'État et commencent à démanteler l'appareil du parti.  
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Avec une URSS au bord de l'explosion, le Congrès des députés du peuple accepte, le 5 septembre, d'instaurer un gouvernement de transition au sein duquel un Conseil d'État, dirigé par Gorbatchev et comprenant les présidents des Républiques participantes, exercerait des pouvoirs d'exception.  

Le lendemain, le Conseil reconnaît l'indépendance totale des trois pays Baltes. Le 17 décembre, Gorbatchev et Eltsine annoncent que l'URSS cessera d'exister avant la fin de l'année. Le 21, l'URSS cesse formellement d'exister, lorsque les représentants des douze Républiques restantes (l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Moldavie, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ukraine et l'Ouzbékistan) acceptent de former la Communauté des États indépendants (CEI).  
Gorbatchev démissionne le 25 décembre et le Parlement soviétique reconnaît la dissolution de l'URSS le 26, mettant ainsi fin à soixante-quatorze ans de régime communiste.
 

 

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Sources de référence :

MSN Encarta, encyclopédie de référence
Wikipédia, encyclopédie libre de référence

 

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